Soute





Ma cale est sèche
Lointaine ma souvenance
Peu pratiqué l'usage de mes atouts et l'oxydation guette
Il en est ainsi d'un mystère
Une épopée sans gain
Une idée vaine
L'idée d'un autre qui traverserait le mur du son
Pour s'engouffrer dans mon appel
L'idée vaine stagnant au sol que je désapprends
A quelques pas du sol où je plane à l'envers
Sans regarder plus loin que le silence
Dans l'état amorti d'un suspens





Janvier 2014







Curée




Il va falloir racler les sols usés
Briser d'abord les congères qui les dérobent
Attiser quelques braises pour se réchauffer
Affuter le fer des lances, au cas où
Ouvrir les dépendances aux vents salés des plaines, pour l'air
Laisser la place aux chutes mutiques aussi, aux chutes
L'allégresse trop connue de l'attente s'est prise aux filets
Les filets pendent le long de mes hanches

Il va falloir rouler des hanches
Au-delà des cailloux jetés sur le chemin pour ne pas se perdre au retour
Marchant des pas innombrables, rouler des hanches
La place est vide et les pas y résonnent
Nulle part ne s'élève le leurre d'une voix
La place est vide
Il va falloir cesser de haleter







Janvier 2014



Déralliée


  


Parfois, comme le fruit broyé de mes évanescences
S'impose sur mes flancs la lourdeur de la masse
Une soudaine réduction au poids
Alors, je pleure
Souffreteuse des pieds et des mains
Liés par leur mémoire aux volutes qui m'égarèrent et pire
L'hospice qui m'accueille semble un cul-de-sac
J'endure


Les oiseaux pressés par mon impatience bâclent leur chant 
J'implore à leur côté la fin de la ruée vers les traces qui m'ont tant chagrinées 
Il est revenu et faute d'avoir bien vécu mon pouls m'use
J'aimerais me rouler presque nue dans mon apparence
Abattre mon front d'un seul coup sur la nuque
Déchirant la raréfaction de l'air, soupirer comme une lance






Mars 2013





Cervix blues






Petit corps, notre subtile association vacille
Au fond de mes invaginations
Tes ricanements m'assomment
J'écoute avec dédain,  ne veux rien supposer
Le col est bruyant plus que de coutume
Une rumeur de fond à traîner devant soi comme une nuit d'insomnie
Je n'aime mon corps que dans son silence
Sa débâcle m'irrite, je fuis à ses côtés
Utérine par défaut, songeuse
Je devrais dans mes avant-bras m'étreindre
Orchestrer la désorganisation des cellules comme une partition brouillonne
Une polyphonie baroque à qui manque un ténor





Février 2013







Dernier bain






L'eau, l'eau où enfouir l'hésitation des molécules lasses
Et l'attente qui les dispersa, invisible à la surface de mes poignets
Coule, coule le lit des plasmas et des peines
L'oubli enfin gagné nappant les fonds brutaux
La limite entre le sang et l'air m'agrippe
Et le frôlement des gouttes heurtant le silence m'endort
L'eau, l'eau accueille l'étranger sans frémir
L'enveloppe d'un chant dont il connaissait tout
L'envie s'y dissout et l'orage
Les bords assignés heurtent l'ondulation
L'eau s'empresse dans l'immobile
Passe sans froncer à travers l'âme des pluies 
Sous ma persévérance, l'eau baille puis m'apaise
En  lissant mes phalanges, elle gémit






Janvier 2013






Descente en rappel





Un matin d'Août
Quittant le flanc éclairé des arêtes
J'ai choisi
Commencé la descente en embrassant le roc de ton absence
Les mains agrippées au baudrier de mes nécessités
J'ai freiné la ténébreuse isolation
En l'assurant, précaution peut-être inutile
Aux points d'ancrage de mes penchants

Le défi
La respiration brève
Les nuits sans bivouac
J'ai descendu, j'ai descendu
Glissé toujours plus profondément pour ne plus t'atteindre
Nœud de Pursik de mon vertige
J'ai descendu, j'ai descendu
Prise au dépourvu sous ma passion en surplomb
Cherchant toujours ton rappel
En évitant au mieux, était-ce suffisant ?
Le frottement de ma corde sur ta roche

Sous le risque majeur d'un affaissement incontrôlable
Prête à tous les déclins
Puisqu'il était trop tard
Nous avions atteint la zone d'éboulement
Mais le sol des ravines s'est dérobé à vue
Seul résonne l'écho du solo intégral
Le premier de cordée et son piolet ont quitté le canyon 
Le relais ne me rappelle rien



Janvier 2013









Sombre et muse






Les derniers souffles d'air ont été engloutis
Dans la spirale de ton œil
Si je lève le front vers la lumière
Je sais
Je sais
Le cruauté du soleil me vitrifiera
Roulée en boule sous la tente kaki de mes rêvasseries
  J'ai si souvent regardé passer tes fanfares
Scandant tous les hymnes à la gloire de ton Heimat
Quand, Von Clausewitz de mes insomnies libertines
Tu déplaças d'un coup ma ligne Maginot
Asphyxiée par ton sourire
J'eus tant de peine à renaître à l'oxygène
Intoxiquée que j'étais alors 
Aux fragrances envoûtantes de ton gaz moutarde







Janvier 2013


Thicker hide




Assise
Depuis deux-mille-neuf-cent-vingt jours et quelques nuits irremplaçables
Sur la pointe de tes emphases
Humidifiée sous le spray de tes ardeurs mal embouchées
Valide
Avant, pour toi, je l'étais
Présente dès l'aube aussi
Plutôt patiente aux possibles
Ta moelle épinière fuit goutte après goutte d'une fiction livide
L'ersatz d'un désir bleui de s'être étranglé aux chants que tu fredonnes 
Les tenailles coagulées de tes systoles m'ont arraché les molaires
Une à une
Ma bouche saigne à blanc
  Postillonnant, les bras ouverts
Te lançant des appels bégayants
Je me suis heurtée indéfiniment au cuir de ta pensée
Rien ne bouge de ta constance trapue
J'urine debout de m'être tant abaissée 
Martyre de ta séduction gantée d'un velours messianique
 Je ne saurai jamais quand commença l'effet de tes harangues
En ordre déjeté
Je t'ai suivi vers mon anonymat
Jusqu'à m'égarer tout à fait dans la semi-obscurité de ta conscience labyrinthique
Les peaux que tu m'as faites ont parfumé la tienne
Je pourrais déchirer le voile de ma bienfaisance
Aux rebords tranchants de tes sinuosités
Il est des passions dégoûtantes d'immortalité
Mon mal est ta luzerne
Chacun trouvera bien un soir midi à son pied








Janvier 2013






Yes my Love









J'acquiesce, je fébrile
Prise au dépourvu sous les ombres magnétiques des Yes my Love
Happée aux genoux par la bousculade
La foule bleutée qui nous suivait pas à pas
Dans le bruit des cotillons et l'avidité de l'espoir
Yes my Love et j'irradie
Emmêlée au fil de mes jours
Offrant, sans raison
Cet ingrat tribut pourtant destiné aux asiles
J'immole encore les déconfitures et les spasmes
Éloigne d'un revers de mémoire
Les broutilles de mes reins qui pourraient se fermer à ta vue
Je gaze ferme et prends, une fois n'est pas coutume, la piste noire de tes mains
Yes my Love m'abrutit jusqu'à plus soif
Intoxiquée par tes élixirs périmés
Goût amer, tu y as trempé les ongles de tes impasses
A chaque tombée de nuée
Je t'en veux d'avoir disséminé ma flore intestinale
J'assiste à l'asthénie des que tu m'aimes me suive
J'y crois toujours à l'envers
Yes my Love sonde à l'abdomen mais il est froid
Obtuse à moi-même
J'étuverai en vain de mes mucus ardents l'Arctique
Puisqu'il le faut







Janvier 2013






Baby




Sous le vent reste l'effleurement du murmure
L'Outre-Atlantique obstiné
Un bonbon fiévreux
Une poudre jetée aux yeux des coïncidences
Baby

Fugitive par nécessité
Je penche vers la redite
Le retour aux sources de tes eaux salées
Ton Baby, à lui seul, me damne

Prendre les rimes par la taille
Partir en fondant une fois de plus vers l'Ouest abrupt
La déconfiture exquise des chants du soir
Baby

Hier
C'était l'heure des défis
Je plie toujours aux entournures du risque
Baby m'enlève



 

Décembre 2012




Boussole





Droit devant, l'à-plat net du navrement
Les égarements  sans bord autour des vastes pièces
De l'immensité on en frémit, personne
Seul les Alizés sur les nerfs
Et du sol souffreteux, la rumeur amère
Je me prends à croire, je m'épanche
 J'attends, j'attends qu'apparaisse
La porte qui s'entrouvre et la faveur qui penche
Redessine le Nord
Le regard qui s'abaisse
Vers quelqu'un qui m'écrive encore



Décembre 2012








Long time ago





Rêveuse, d'abord rêveuse
J'ai ouvert l'espace assujetti mais fécond de mes potagers
Ton air flatteur y est alors entré, m’intoxiquant immédiatement de ton haleine
Me faire butiner si longtemps par du vent
Fût ma malédiction
Le ralentissement irréversible de mon activité motrice
Et de mes autres vies, plus encore, la décadence
Les métastases de ton organe abondent en moi
Surnageant dans les abcès de cette idylle approximative
  Ma lédiction
Le long des coulures du temps, je l'extrais avec les ongles de mon insomnie
Ta place est là en vain, au creux de l'œsophage
 Tes paupières sont muettes
Tu as tant menti
Indifférent comme un amant défunt




Novembre 2012









Pertes blanches







Le sol de la parole est partout devenu glissant
Restent au-dessus de ses clôtures des ombres
Ne plus marcher là
Le repli des messages éventés, le décompte
Une flambée de contrats tacites
Et les cendres qui s'en envolent
L'incrédulité vissée à la moelle
Et le doute épinier, un raclement sourd
Au long de l'épaule creusée par la foutaise
Des mots aux goût d'amande en berne
Le frôlement invisible de la trahison
Et là comme une ombre, entourant de ses bras amputés
L'assommante naïveté
La perte







Novembre 2012







Idoine





Pas encore né
Celui
Qui par sa bienveillance irascible
Et la générosité de ses reins
Amortira ma chute
Celui
Qui happé par l'irrésistible nécessité
S'inquiétera de son devenir
En ménageant la doucereuse éventualité du présent
Pas encore né
Celui
Sans but autre que la transparence de sa source
Le temps presse
La contraction brutalise la nuque
De tendre le cou vers l'aube
Pour tenter d'y percevoir l'idoine






Novembre 2012
















Black










Sur le blanc virginal des murs muets
Ton corps m'en dit long
La force engloutie de ta race m'immole
La coupe est pleine aux bords de tes fesses miraculeuses
Je ne pèse pas lourd sous les balancements de tes cuisses
Et tu transpires les flots de silice qui t'accompagnent
Venu de si loin au fond des soutes en rage







Novembre 2012


Peau





L'armature de la stupéfaction
Mes cils battent la mesure de cette découverte
Tu as au corps un accomplissement de la  souplesse
J'approuve sans discrétion l'harmonie implacable
Tout se tend et le trophée éclate
Ta peau m'abat
Étranger de cette terre chatoyante
Je regarde sans mesure les muscles de ta vision
Massive est ta présence et j'en perds le fil de mes rêveries
Dans l'abondance de tes courbes féroces
Tes bras pourraient se placer tendus sous la surface
Et porter les furieuses survies avoisinantes
Mais l'espace semble clos et le front un peu moite
Je tourne le dos
A ce superbe accès de ta beauté





Novembre 2012









Ailes de Mars





Ce qui revient à la charge n'est que la forme ultime de ma trace
Ta nature inerte, découverte sous la fumée de tes nombreuses défections
A épuisé mon rêve et son piétinement
Je connais tout de tes mouvements d’ailes
Soulevant la poussière mais peu à même de jamais t’emporter
Au-delà de la vitre ternie de tes fantaisies matrimoniales
L’imposture de ton engagement est marqué au fer rouge d'une faiblesse 
La même qui laisse les credo moisir au fond des gorges
Depuis notre aube, le goût pour l’addiction qui lie ma personne à ta personne
M'entraine à contre-courant du pâle reflet des zones franches
Où il s’agirait de se tenir droite et très nue
Face à tant de multiples éléments épatants
Et quand j'oublie enfin que tu me fus si longtemps aussi ceci
Soudain, de presque nulle part
Tu réapparais pour faire mon bonheur
Casses se faisant ton ennui à coup de résurgences
J’y plonge toujours la mémoire en premier
Elle est très commotionnée en son pourtour
Persuadée que ce qu’il me resterait à dévoiler
Sur la force assez centripète de mes aventures scintillantes
Me restera inconnu
Ensevelie sous la noirceur fumeuse de ta boîte crânienne, ma lettre morte
Ajoutée aux milliers et milliers de convocations qui tentèrent de t'appeler
Cherchèrent en s'empilant à t'appeler
Un jour et ses si nombreux lendemains





Août 2012







Thumb up








Tes retours s’effectuent toujours sur fond d’éclipse
J’y perds à chaque fois un peu de mon latin
Avec la mienne, ce sont deux langues mortes
Dans l’ordre pourtant encore actif des évidences
Tu occupes des places qui ne peuvent que s’effacer
Quand elle fixe l’arc en ciel
Obstrue les orifices laissés par la fuite
Ta présence m'assèche
Je le sais depuis longtemps
 Là où tu poses tes signes
Advient un désert
Celui laissé par le vent des croyances
Le mouvement des vibrations virtuelles est un acte en coton
 Au creux du mélange
Entre la débâcle des faits et les amours homéostatiques
C’est là que tu m’as poussée
Je comprends
J'apprécie la portée vicieuse de toute impuissance
C'est ainsi
Dans la courbe parfaite d'un fuseau horaire
Un homme probablement m’attendait
Mais comment le lui dire s’il s'ignore  ?




Août 2012





Longs feux





 


Le plein acquis
La voilure et les rudes encablures des florilèges
L'architecture du sens
Les travaux de stabilisation
Le drainage des zones séismiques
L'histoire qui se regarde avoir donné le livre
Et creuse
Immédiatement, immédiatement
Les fondations de sa pérennité
Relative, relative
La douce vêture du doute
Le credo, le credo
Le seul savoir
Ce qui attend dans la solitude des monts
De pouvoir enfin s'adonner
Les vallées des soirs de pluie
Les vallées profondes de leurs silences peuplés d'ombres
Ce qui dort
De trop de distance, de trop de distance
Patient mais impavide
Redressé contre les brûlures et les coups de pied aux énigmes
Ce qui se lierait aux chemins ondoyants des appels
Partirait aussi, partirait
Le reliquat toujours, la sagesse
L'espace induit des craintes et leur écume
La lumière qui ne tombera jamais sur le même point vibrant 
Et pourtant l'arrogance de l'attente
La motricité fine du suspect et du lent
Tout replier des certitudes sauf l'aurore
Et le sort qui use cet imprécis glossaire
Montre à l'avenant que de l'avoir écrit ira avec l'inquiétude
L'homme a pris le chemin des évulsions
Il s'épuise dans son étincelle.




Août 2012




Habits rouges







Les coutures craquent
Les épaules s'affaissent aussitôt la porte des splendeurs franchie
Les balbutiements de la séduction se noient à l'aurore de mes muqueuses
Pièce à prendre, muse d'un complot ourdi dans des jargons vieux comme le monde
Je n'y songerai plus, au parfum des éclats de verre
Ni à la grande sérénité des possibles
Les manches s'agitent dans l'air enfumé
Elles baignent dans la sueur des fins de banquets
Où se fredonnent des hymnes pimpants
Table servie pour qui sait y faire
Et les troncs des admonestations sciés à la base
Tombés sous le vertige pourtant bien sot
Des candeurs médusées



Août 2012